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Pascal Sevran




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Beaucoup de pudeur, d'élégance, dans ce roman de Pascal Sevran. Mais aussi le charme, ce charme particulier des livres qui laissent, après leur lecture, un parfum de jardin-mémoire.


Le narrateur, né de père inconnu, cultive l'amour de sa mère, mais l'originalité du roman c'est que François n'attend rien de cette femme, une chanteuse célèbre d'avant-guerre tombée dans l'oubli.

 

Rayée de la célébrité (changement de mode ou le prix d'une « collaboration » du temps de l'occupation ?), Vera Valmont tentera un retour sur les planches, connaîtra un vague retour à Vierzon puis disparaîtra du côté de Beyrouth.


« On lui prêta beaucoup d'amants ; elle laissa même croire que Maurice Peyreira était de ceux-là, mais personne n'a jamais rien su du seul qui ait compté vraiment. Moi non plus, Était-ce Robert Laforie, le coureur cycliste ? Était-ce mon père, le soldat du Jardin des Plantes ? Était-ce ce monsieur en cravate qui conduisait la voiture noire avec laquelle elle montait jusqu'à Limoges pour me voir ?

 

Les nuits sont lentes à Vierzon, rien n'y arrive malgré Maurice Peyreira, le jeune compagnon des nuits folles d'antan :


 « Je suis descendu au buffet de la gare. J'aurais voulu trouver Vierzon insolente et fière de l'honneur que nous lui avions fait, maman et moi. Mais non ! Les journaux de la ville commentaient mille événements d'importance mineure, et les visages que j'interrogeais anxieusement ne reflétaient rien de bon.

 

L'intérêt du roman : l'étrange fascination de ce fils pour sa mère, fascination tout à fait lucide ; il tentera discrètement mais de toute sa volonté d'offrir une dernière superbe illusion à la femme fragile et secrète.

 

Le plus réussi : ce couple du silence, la tenace confiance apparente de la chanteuse, la lutte désespérée du fils qui accepte très naturellement de se détourner de sa propre existence pour mieux prolonger la vie mythique d'une femme vieillissante.


J'ai pris un petit déjeuner, debout au comptoir, parmi des gens pressés qui n'avaient visiblement pas les mêmes préoccupations que moi. Je les regardais s'agiter avec, je l'avoue, un peu d'agacement. Vers quoi et pourquoi courent-ils de si bonne heure ? Un peu de courage m'aurait peut-être permis de le savoir et, qui sait, de lier des connaissances agréables.
J'ai hésité à me présenter au jeune homme en gabardine bleu marine qui ouvrait sa valise à mes pieds pour y fouiller fébrilement. Il cherchait certainement un papier précieux, car je l'avais vu, auparavant, retourner ses poches et vider son portefeuille. Son affolement m'a distrait un instant, mais je n'ai pas osé l'aborder.
On a toujours tort de ne pas vouloir être indiscret ; c'est une politesse de trop. Les trains partent et tout est à recommencer. » (chapitre 7)
On ne connaît pas toujours le drame intime des chanteuses célèbres. Comment être sûr des sentiments que l'on vous porte quand la gloire fait de vous plus un objet qu'une âme ?
Vera Valmont, une image tirée à des milliers d'exemplaires qui appartient à chacun, ne fut sans doute pas aimée aussi bien qu'elle le méritait ! » (chapitre 22)
Publié par Ronan