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  • : Le site des Amis de Pascal Sevran
  • : Ce site a été crée afin de perpétuer la mémoire de Pascal Sevran au travers de sa vie et de son oeuvre tant audiovisuelle que littéraire.
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Paris, le 13 mai 2008, en l'église Saint-Louis-en-l'île, PHILIPPE BESSON prononce le texte suivant en Hommage à son Ami Pascal SEVRAN:

 

J'attends le coup de fil de Pascal. C'est un rituel depuis six ans. Sur le coup de midi, Pascal appelle. Il dit:"C'est moi." Et, à ces simples mots,je sais son humeur du jour, joyeuse, ironique, castagneuse, maussade. Il dit: "Je suis à mon bureau. Je regarde la brume sur l'étang." Je connais par coeur les étangs de Morterolles, leur placidité. Nous avons marché plus d'une fois dans leurs alentours. Nous avons emprunté souvent les chemins de terre qui longent les jardins impeccables et serpentent au creux des sous-bois où tout est en ordre, toujours. Il dit: "Christiane est en bas." Elle s'affaire, discrète, efficace. Pascal aime quand les choses tournent rond,quand la maison est rangée et silencieuse. Il dit :"J'écris. Je crois que tu aimeras ce que j'écris." A-t-il jeté un peu de fiel sur les malotrus, un peu de tendresse sur des garçons de passage,un peu de pluie sur la place de l'église, un peu de mélancolie sur la tombe de Stéphane à Saint Pardoux? Je le saurai bientôt. Il me fera la lecture. Je sourirai de sa verve, de ses emportements, des emballements de son coeur, des soubresauts de sa mémoire. Pascal écrit, au pemier étage de la maison de Morterolles, en comtemplant les étangs. Alors, tout est bien. Il ne peut rien arriver. Nous avons vécu longtemps en pensant que rien ne pouvait arriver.

 

Il dit: "Je serai bientôt à Paris." Et, déjà, j'imagine les farandoles du quai d'Orléans, quand les proches sont enfin réunis et qu'on s'amuse à refaire le monde en sachant pertinemment que cela ne sert à rien. Il y aura là un ancien ministre socialiste, une chanteuse douce ayant trouvé son salut dans des exils, le journaliste d'un magazine à gros tirage, un attaché parlementaire de droite, un vieil écrivain bougon, un animateur de télévision, des femmes de tête et des hommes sensibles, son monde quand il revient dans le monde. Une autre fois, on croisera son ami le plus cher qui se trouve être maire de Paris, un propriétaire de club de rugby, le frère d'une idole partie trop tôt, et ceux-là parleront du bon temps, celui de la jeunesse et des chansons, celui de Montmartre et de l'amitié, un temps que je n'ai pas connu et qui a toujours eu, pour moi, le parfum du bonheur enfui.

 

Pascal sera bientôt à Paris. Nous dînerons chez Lipp, où il obtient, sans jamais la demander, la table du président, là, dans le coin, parce que la fidélité n'est pas un vain mot. Ou à La Closerie des Lilas. Ou dans des restaurants dont les nappes sont à carreaux rouges, les serveurs habillés de noir et blanc, où la bonne franquette n'empêche pas de bien se tenir. On glissera des glaçons dans les verres de vin blanc et on s'agacera des dernières inventions de ceux qui se prétendent modernes, uniquement parce qu'ils ont terrassé leurs aînés. L'ivresse aidant, on convoquera quelques souvenirs affriolants, où il sera question de chanteuses de beuglants, de militaires en goguette,d'alcôves et du festin des princes. Oui, vivement que Pascal rentre à Paris. Ses retraites solitaires dans le Limousin durent trop longtemps, quelquefois. La dernière aura été interminable.

 

J'attends le coup de fil de Pascal. Je crois que le fil de notre amitié ne se brisera jamais, qu'il y aura toujours entre nous des éclats de rire, des aveux murmurés, des secrets bien gardés, et tous ces mots idiots et doux qui témoignent d'un attachement. Je crois que rien, pas même une maladie au nom de signe du zodiaque, ne mettra en péril ce qui nous unit. Je crois que nous sommes éternels, parce que nous avons survécu à des désastres, parce que nous écrivons des livres, parce que la vie est la plus forte.

 

Pourtant, Pascal n'appellera pas aujourd'hui.

Pascal n'appellera pas les autres jours non plus.

Et, pour le temps qui reste, nous devrons apprendre à nous débrouiller avec son silence. Son absence.

 

Philippe BESSON

Publié par Ronan