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C’est dit, je vous recommande plus que vivement la lecture de l’intégralité du journal de Pascal Sevran.

Pour beaucoup, Pascal Sevran est un animateur télé, un peu désuet, précieux, voire ridicule, qui faisait danser les vieilles dames l’après-midi en donnant leurs chances à de jeunes chanteurs, en général très beaux ; pour d’autres c’était toujours un présentateur mais qui avait le tort de dire ce qu’il pensait, tant ses propos pouvaient sembler "réac" et franchouillards.

Mais Pascal Sevran était avant tout un écrivain et surtout un de nos grands chroniqueurs de la vie quotidienne. Les neuf volumes de son journal intime sont des bijoux. D’écriture d’abord, il avait un joli français, riche, bien inspiré. D’observation ensuite : c’est un exercice difficile le journal, beaucoup s’y sont frottés sans succès. Il faut être capable tous les jours de prendre sa plume pour raconter ce que l’on voit de sa fenêtre, le temps qu’il fait, les dîners que l’on a eu, les émotions suscitées par l’annonce d’un homme politique ou la mort d’un vieux chanteur.

Pascal Sevran faisait tout cela très bien. Il faut dire qu’il était servi par des amis souvent intéressants, au premier rang desquels François Mitterand mais aussi Nicolas Sarkozy, des amis donc politiques mais pas seulement, il "fréquentait" beaucoup dans le monde de la culture, de la chanson bien sûr ou de la mode. Les récits de ses dîners sont donc souvent délectables. Et puis il y a les inconnus qu’on a l’impression de très bien connaître. Ce sont tous ceux qui habitent à Morterolles et dans ses environs, Morterolles village du Limousin devenu quasi aussi célèbre que Cannes ou St Tropez. On sait tout de la vie qu’il mène dans sa maison Limousine, une vie très banale mais que l’on retrouve avec bonheur à chaque fois. On fait avec lui le soir le tour du parc, on commande les boutures, on range les vêtements, on compatit à sa consternation quand des laideurs sont érigées dans le village.

C’est le récit d’une vie, au jour le jour, avec ses faits sans importance, ses événements anodins qui ne nous concernent pas, c’est ça un journal. Celui de Pascal Sevran a, en plus, deux caractéristiques, l'impudeur pudique et la culture généreuse.

L’impudeur parce qu’il ne nous épargne rien de ses goûts amoureux et sexuels, la pudeur parce que les 9 tomes sont dédiés à un seul homme, l’amour de sa vie, Stéphane. Il a écrit le premier en 2000 , La vie sans lui, en hommage à ce jeune homme trop tôt disparu du sida, depuis il le pleure. Le dernier est posthume. Pascal Sevran, mort d’un cancer du poumon a rejoint, on l’espère, Stéphane quand ces Petits Bals perdus sont parus en janvier 2009.

Enfin, un dernier mot sur cette culture généreuse : Pascal Sevran fait lire, donne envie de lire. Il parle remarquablement bien de ses écrivains fétiches, des écrivains que plus personne aujourd’hui ne connaît et qui sont des génies : Chardonne, Berl pour ne citer qu’eux méritent d’être grâce à lui sortis de l’oubli.

Marina CARRERE D'ENCAUSSE

Publié par Ronan