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Avec Le Privilège des jonquilles, Pascal Sevran poursuit la rédaction d'un surprenant journal où se côtoient gravité, nostalgie et élégance.

Le monde était léger et leur faisait des clins d'œil complices. Insouciants et euphoriques, ils partaient à sa conquête. Puis il est devenu grave. De la tragédie du sida et du deuil de l'être aimé est né ce journal où chacun reconnaît ce qu'il faut se dépêcher d'arracher au temps. Son succès étonne et réjouit car, austère mais orné de luxuriances et de coups d'épée, il est établi contre les facilités. Pages sans histoire, mais pleines d'un quotidien d'automne, avec ses feuilles qui tombent, ses jeunesses qui vont passer et ses cheveux qui grisonnent, elles font redécouvrir le plaisir de lire - qui est de déguster, non d'avaler. Morterolles, lieu contemplatif, où l'eau des étangs est lourde des «derniers beaux soirs d'été»,est un village maintenant aussi célèbre, en littérature, que Cuverville (André Gide) ou Chaminadour (Marcel Jouhandeau).


Le lecteur de Pascal Sevran se rappelle tout à coup, à effeuiller ces pages, qu'il a été élevé, et bien élevé, finalement, par des parents du peuple discrets et une école encore républicaine. Pascal Sevran ne parle pas de «la chance qu'il a eu d'avoir des parents communistes»,il préfère évoquer les points de vente de L'Humanité dimanche, où nous nous arrêtions sur le chemin du marché et du bar-PMU. Il évoque les guinguettes qu'il n'a pas connues: c'est la vraie nostalgie, porteuse du mystère des origines, car un pays est en voie de disparition s'il ne se souvient pas des endroits où les gens se sont aimés. Malgré les affinités avec Charles Trenet, il a dit que Maurice Chevalier était le plus grand, signe d'une étonnante et difficile objectivité. Il fréquente hérauts et têtes d'affiche de la réussite homosexuelle, mais leur assène leurs quatre vérités. Sa liberté l'ancre dans la tradition: il rassure.


Pascal Sevran n'est pas un homme du chaos, ni même du carnaval de la Gay Pride ou des années Palace. L'art littéraire de son journal inscrit son propos dans une généalogie qui instruit contre la vulgarité et la provocation. Il poursuit la grande chronique privée des écrivains d'expression française.

Publié par Ronan