baniere-ps1 

/ / /




 

« Et les cloches de l'église qui ne sonnent plus. Il me semble pourtant les entendre, parfois, au bout de mon silence. Quelle heure est-il exactement ? J'ai dîné seul sur la terrasse. Christiane m'avait laissé des blinis et du saumon. J'ai bu de la vodka et je me demandais : quelle heure est-il dans ma vie ? Sur cette terrasse abritée par le tilleul, les derniers beaux soirs remontent à lui. Tous les étés de sa jeunesse ici se confondent maintenant avec le temps qui passe. »

«L'année qui s'achève fut de loin la plus éprouvante des cinq dernières, elle m'a vidé, m'a ravagé l'âme et le front. On se trompe évidemment si l'on espère que le temps arrange les choses. Qui croit cela est perdu. Je me raidissais lorsqu'on me prédisait un autre chagrin plus doux, c'est le même qui s'éternise. Chaque matin sans Stéphane est une défaite annoncée. Il n'y a pas de chagrin doux, les premiers mois il m'engourdissait, j'allais à tâtons comme un somnambule, la douleur me protégeait. Depuis le printemps dernier, elle me tue. Il ne s'agit déjà plus de vivre sans lui mais de mourir. J'écris désormais sur mes rides qui sont les lignes de ma vie.»

Quand, en janvier 2000, il publie La Vie sans lui en souvenir de son ami disparu, Pascal Sevran ne sait pas encore dans quelle aventure littéraire il se lance. Voici déjà le sixième tome de ce journal intime et désormais public dont le caractère et le dessin romanesque se précisent d'année en année.

Autour du " tombeau " de Stéphane, dont la vivante silhouette éclaire ces pages, les lecteurs savent qu'ils vont retrouver plusieurs romans discontinus, à la fois vécus par l'auteur et imaginés par l'écrivain. Le roman-souvenir d'un garçon de banlieue épris de littérature et de chansons qui allait conquérir Paris. Le roman-chronique de Morterolles, un village de Haute-Vienne que Pascal a peuplé de ducs, de baronnes et de charmantes ou terribles histoires de clocher. Le roman-mondain amusé du quai d'Orléans où croisent ses amis des Lettres, des journaux et de la politique. L'histoire intérieure enfin d'un homme qui cherche son reflet dans les livres qu'il a aimés, réagit avec impatience aux événements du monde, se surprend encore aux jeux de l'amour et de l'amitié.

Il pleut, embrasse-moi. L'année 2004, la plus sereine et la plus sage depuis la mort de Stéphane, s'achève sur un rêve de calme et de tendresse. Les décors familiers de la comédie sont en place. Mais dans cet ordre qu'il veut parfait, l'auteur n'a
pas prévu l'arrivée de Julien, un lascar de dix-huit ans, comme dans la chanson, qui va bouleverser la pièce...

Publié par Ronan