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L'animateur de télévision revient sur sa vie dans le village de Morterolles, dans la Haute-Vienne, où il continue son travail de deuil après la perte de son ami. Le ton de ses portraits à l'emporte-pièce, de ses mouvements d'humeur ou de colère se fait ici plus calme, plus tolérant et plus souriant.

« J'écris cela au début d'un siècle, n'importe lequel, de quelque part en France. Il a gelé la nuit dernière, nous verrons à la Pentecôte, peut-être avant, si les rosiers auront résisté. J'ai retrouvé le pull-over rouge que la femme du Duc avait tricoté pour Stéphane. Je ne prendrai pas froid. Ma mère m'appelle «mon grand». Plus rien ne presse. »

Pascal Sevran, avec le temps, le Journal prend une autre dimension.  Abrupt, choquant, outrancier, péremptoire, mais authentique et souvent juste, il s'inscrit dans la lignée des idoles littéraires de son auteur : Emmanuel Berl, dont il fut le secrétaire et l'ami, Jouhandeau, Chardonne, Léautaud...


Par Bernard Morlino :


Comme il en a pris l'habitude au début de chaque année, Pascal Sevran publie le nouveau tome de son Journal qui est désormais attendu par de très nombreux lecteurs. Cette quatrième livraison a la gravité des précédentes. D'emblée, le fils spirituel de Marcel Jouhandeau confie: «Il y a un gouffre entre l'homme des Lumières et celui de l'ombre.»L'ancien lauréat du prix Roger Nimier avait repris la plume, il y a trois ans, sous le choc de la perte de Stéphane qui «lui a donné l'amour».

Toujours animé par l'ambition de mettre de l'ordre dans ses idées, Sevran a le don de parler des autres à travers lui, et vice versa. Une forme de distinction. Même s'il parle de la météo, sa prose est pleine de tension et d'attention. L'ennemi du relâchement se laisse submerger par le quotidien avant de l'essorer pour voir ce qu'il faut en retenir. Pas question d'évoquer des événements à la petite semaine. Il est à l'affût du présent afin de capter la vérité du moment qu'il transcende par le langage. L'éternel deuil de Stéphane ne se porte pas à la boutonnière, mais au bout du stylo: «C'est le chagrin des autres qui nous console.»


Par un savant dosage de confidences et de détails croustillants sur des personnalités, il évite le commérage, le vice des diaristes inattentifs. Totalement libre, Sevran étrille Lionel Jospin et Edwy Plenel et distribue des bons points à Nicolas Sarkozy. Un Voici pour intellos! Sevran dit des choses que beaucoup pensent sans oser les écrire. Il prend la plume - et non pas l'ordinateur - car il a beaucoup de choses à dire sur la politique, les amis, les copines, les écrivains ou sur le temps qui ne passe pas. Au cours de cet éphéméride, le fils anticipe la mort de son père qui surviendra à l'automne 2002. Ni de droite ni de gauche, il a le français pour patrie. A la fois cigale et fourmi, il chante et amasse les denrées pour son journal.


Ce touche-à-tout de l'an 2000 est notre Jean Cocteau. A l'opposé de tous ses confrères de «l'idiot-visuel», Sevran était écrivain avant d'être célèbre. La notoriété ne lui a pas fait perdre une once de talent. Son style a l'éclat d'un pur-sang. Parfois, il parade. Jamais, il ne déçoit. Cet homme a le dégoût très sûr. Chez Saint-Exupéry, il se délecte d'une niaiserie d'anthologie: «Le soleil a tant fait l'amour à la mer qu'ils ont fini par enfanter la Corse.»Sevran, lui, se contente d'embrasser la langue. Comme Jules Renard, il ne peut pas se passer de vivre en province. Paris, n'est qu'une estrade.

Publié par Ronan