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Trois ans. La silhouette vivante de Stéphane s'éloigne. La tristesse et le chagrin masquaient en partie le vrai Pascal Sevran, l'homme et le personnage, qui se confondent parfois, s'opposent souvent. Un homme passionné de solitude, mélancolique, dont le métier est de sourire, chanter, danser.

Partisan d'une morale exigeante et hautaine, il passe sa vie à offrir des refrains et du bonheur simple à un public populaire. Adorant les chansons, détestant la fête de la musique. Ennemi du voyage, toujours sur les routes. Fidèle à un amour infini, batifolant avec le premier blue-jean qui passe. Violent, intolérant, mais furieux contre les donneurs de leçons, les juges, les grandes consciences de gauche ou de droite. Hanté par la fuite du temps, la mort de toutes choses et incapables de rester en place.

La troisième partie de ce journal, qui est en fait le roman d'une existence, révèle un homme imprévisible dont la vie, les idées, les sentiments ressemblent beaucoup aux nôtres, aussi dangereux qu'agréable à fréquenter


Par Bernard Morlino :


Ce Journal n'a rien de la commande d'un éditeur à une personnalité. La réalité n'intéresse l'auteur que pour une page à venir. Il bâcle le présent sûr de lui faire la peau sur le papier. Il quitte Paris, lundi, pour rejoindre Morterolles, mardi, où il passe sa journée à retrouver ce qu'il a vécu la veille. Il y a peu de temps, lire Pascal Sevran c'était prendre Gloria Lasso pour Marguerite Yourcenar. Le jeune homme intriguait à force de réhabiliter Marcel Jouhandeau avec la même insistance qu'il régalait nos grands-mères au son de Clopin-clopant. De surcroît, il se payait le luxe de réciter du Jacques Chardonne au bras du président Mitterrand. Le Prix Nimier 1979 désarçonnait ceux qui ne lui reconnaissaient plus le droit de bien écrire, ni même d'écrire bien. Il a fallu voir son nom en tête des best-sellers pour lui octroyer les circonstances atténuantes.

Ici, pas d'ambiance magazine people, excepté les amis, célèbres et inconnus, plus ceux de circonstance. Pourquoi se priver de marchepieds ? Les lecteurs retrouvent la désinvolture du fils de communistes qui se délecte des écrivains de droite dans ce qu'ils ont de meilleur: le style qui entrechoque les mots, l'œil et l'oreille en alerte. L'ami de Charles Trenet connaît la musique: il met de l'ordre dans ses idées comme Dalida mettait de l'ordre dans ses cheveux. L'animateur télé ôte le masque et cherche sa mère dans les yeux des jeunes gens. Plus il s'intoxique de lui-même, mieux il parle des autres.

A l'identique des tomes précédents, la trame est le deuil de Stéphane: «Je ne peux plus l'embrasser. Qu'on me pardonne tant de vulgarité. Elle me désole.»Le rire n'est pas absent, le fou rire même. La vision d'un Prix Nobel de littérature devant le vide-ordures vaut le détour par l'HLM. Tel le peintre Paul Klee, se promenant «sur sa ligne»,Pascal Sevran n'est pas un écrivain du dimanche: il écrit aussi les autres jours de la semaine. Quand ça lui chante. Si les dîners entre copains sont un peu rasoirs, on absout celui qui offre des bouquets de prose d'Henri Calet à sa maman. Une étreinte traverse les pages. Malgré les volumes à venir, le diariste sait qu'il n'écrira jamais le plus beau. Celui d'après sa mort.

Publié par Ronan