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8 août 2010 7 08 /08 /août /2010 19:10

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Lorsque je dîne en ville ou " dans le monde ", comme on disait autrefois, je ne pense jamais à ce journal, ni à l'écho que j'y donnerai de mes rencontres. Je ne prends pas de notes, je n'ai pas de magnétophone, caché dans ma poche, j'écoute, je parle, je bois, je profite de ces soirées de ma vie en société avec gourmandise.
La littérature, c'est une autre histoire. Au moment d'écrire, je ne sais jamais ce que je vais retenir. Je suis étonné souvent des choix qui s'imposent à moi, comme si je ne décidais pas. Un journal n'est pas un roman : si les personnages sont mauvais, je n'y peux rien sinon les oublier, s'ils sont bons, ce n'est pas grâce à moi. Je ne décide pas vraiment. J'ai tenté parfois de donner de l'épaisseur à quelques-uns qui se sont évaporés aussitôt. Impossible de tricher, de prêter de l'esprit aux imbéciles, du coeur aux salauds. Ce que le roman autorise, le journal l'interdit. C'est l'inimaginable qui est vrai. Il ne suffit pas d'être ministre ou prix Goncourt pour être intéressant, ni même intermittent du spectacle. Contrairement à l'idée répandue et fausse néanmoins, je ne passe pas le plus clair de mon temps place Beauvau ou à la mairie de Paris, et si je couche à Cabourg dans la suite Bruno-Coquatrix, je ne vais plus à l'Olympia depuis la mort de Dalida. Je ne suis pas prêt à tout pour réussir une page mondaine dans ce journal. Je n'ai pas de relation mondaine. Bertrand D., Nicolas S.,Brigitte B. ne sont pas des figurants dans mon carnet d'adresses. On a les amis que l'on mérite. J'ai choisi les miens autant qu'ils m'ont choisi. Tous ne font pas la une des journaux chaque matin, ni ne sont destinés à devenir président de la République.

La mélancolie des fanfares de Pascal Sevran.

Publié par Ronan Ronan - dans Citation