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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 17:25

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En ce souvenir du 10 mai 1981 où l'espérance gagnait tous les coeurs...

Pascal l'écrivait  dans Mitterrand, les autres jours: Mitterrand, les autres jours 1

 

"Coincé parmi la foule derrière les barrières de sécurité qui bloquent les abords de la rue de Bièvre, j'attends le passage de la voiture devenue officielle. Je n'ai pas besoin de dire l'ambiance qui règne sur Paris; les policiers, très prudents, ont du mal à contenir les débordements. Les marchands de roses font fortune, et moi je vais partir si le flic qui me fait face ne me laisse pas sauter la barrière métallique qu'il retient difficilement. Je n'aurai pas besoin de sa permission, au loin j'aperçois Roger Hanin qui monte vers nous, c'est sûr il va me tirer de là. Il n'est pas encore Navarro mais il a l'autorité nécessaire.
"Lui, je l'emmène", dit-il, me désignant au flic émerveillé de le voir " en vrai". Roger me soulève avec force et je me retrouve rue de Bièvre au coeur de l'action qui commence à l'instant pour durer quatorze ans, ce qui n'est pas prévu au programme.
" Alors, me dit Roger, je crois qu'il va falloir s'occuper sérieusement de former le nouveau gouvernement;"
Cette nuit-là, la plaisanterie a une saveur particulière.
" Viens saluer François, il discute dans la cuisine avec Danielle et Christine..."
Je n'en espérais pas tant, et à la vérité je suis pétrifié à l'idée de devoir articuler un mot, sans être trop convenu.
"Viens...si je te dis de venir tu peux me faire confiance."
Devant le portail en bois vert fonçé, Joseph Franceschi fait déjà la police, il me demande mes papiers d'identité, ce qui lui vaut une réponse façon pied-noir de Roger qui amuse les CRS en faction.
Nous entrons, les portes de l'hotel particulier sont ouvertes sur la cour, j'embrasse Danielle et Christine et, vu l'heure, je dis : "Bonsoir, Monsieur le Président, et bravo..."
Je ne pouvais pas faire moins original, je ne pouvais pas non plus lui sauter au cou.
" Dalida n'est pas avec vous ?
-Non, Monsieur le Président, elle chante à Abou Dhabi.
-Très bien, nous nous verrons à Cluny pour Pentecôte comme d'habitude. "
François Mitterand, qui vient de gagner le combat de toute une vie, est là tranquillement assis sur une chaise de cuisine et nous voilà bien obligés de contrôler notre émotion devant lui qui ne bronche pas et qui m'invite à Cluny " comme d'habitude " l'air de dire : " Il n'y a presque rien de changé, vous savez."
Danielle lui tend l'édition spéciale du Journal du dimanche où sa photo s'étale à la une. Il le feuillette distraitement tout en caressant le museau de son chien, puis il relève ses lunettes et nous demande s'il y a vraiment autant de monde dans les rues qu'on le dit à la radio. Nous lui confirmons que c'est une foule des grands soirs à Paris. Il feint de s'en étonner et s'excuse de ne pouvoir s'attarder plus longtemps. Il est 2 heures du matin.
" Vous sortez je suppose ?
-Oui nous sortons, Roger, Christine et moi.
- Très bien. Bonne nuit, moi je vais dormir ; demain j'ai beaucoup de choses à faire. "
En effet, Monsieur le Président.

Publié par Ronan Ronan H - dans Citation